L'Oeuvre de
James Norman Hall & Charles Nordhoff
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Dans sa biographie de Nordhoff & Hall, "In search of Paradise", Paul L. Briand, Jr. décrit comment ils collaboraient :
"Quand l'un avait terminé un chapitre, il le passait à l'autre pour corrections et critique; puis le premier écrivain réécrivait son chapitre, résistant parfois aux suggestions de l'autre tout au long du processus. Nordhoff s'est révélé être le spécialiste de la narration; il avait le talent de pouvoir commencer un histoire et de la poursuivre avec les variantes éternelles des "et puis, et puis..." que doit connaître tout écrivain, il aussi savait comment la finir. Hall, fidèle à sa nature attentive et réflective, était le spécialiste de la description et des pauses de réflexion philosophiques pour les éventuelles méditations du genre "et pourtant, d'un autre côté, etc...": Nordhoff raccourcissait les excès de romantisme de Hall pour s'en tenir au vif du sujet. Hall ajoutait de la matière et du volume à l'austérité et à la raideur de Nordhoff. Comme il avait une meilleure oreille, Nordhoff travaillait les dialogues. Etant plus éloquent, Hall écrivait les sections de présentation. C'était un mariage parfait de talents, l'un apportait ce qu'il manquait à l'autre " ;
Edward Weeks, le jeune assistant d'Ellery Sedgwick, éditeur du Atlantic Weekly écrit :
"C'ést Nordhoff qui a commencé. Il amena l'histoire jusqu' au départ du voyage, il traça les portraits du Capitaine Bligh avec son extrême sévérité et celui de Fletcher Christian, son second, qui sans arrêt essayait d'intercéder en faveur de ses hommes. Tout celà (Chapitres 1 à 8 des Mutinés du Bounty) était raconté du point de vue du jeune matelot Byam. Nordhoff décrivait les impressions des marins au contact de la beauté presque vierge de la Polynésie, et l'histoire d'amour qui a lié Christian et Byam avec cette île. C'est une chose pour laquelle il était, bien sûr, parfaitement qualifié, car à travers sa femme et son beau-père, Nordhoff avait acquis des connaissances orales sur la Polynésie avant l'arrivée des Blancs.
Hall reprit l'histoire à l'éclatement de la mutinerie, au début du voyage de retour (Chapitres 9 et 10). C'est lui qui a écrit le retour des mutins à Tahiti et la sécession quand ils ont commencé à se quereller sous le commandement de Christian; Il décrivit l'arrivée du Pandora, le navire envoyé par Londres pour capturer les mutins; il raconta le naufrage et le passage en cour martiale des survivants, leur exécution et la fin (Chapitres 14-25).
Mais au fur et à mesure que l'histoire s'écrivait, les limites qui les séparaient eurent tendance à s'estomper. A l'hôtel Aina Para, il lisaient à haute voix leurs chapitres l'un à l'autre et il y avait de fréquentes interruptions. Hall ne cessait pas de s'arrêter pour décrire et pour poser des questions. Nordhoff s'impatientait de voir que le côté narratif n'avançait pas et il était inévitable qu'ils se mettent à travailler dans les pages de l'un l'autre suivant leur inspiration. Un souvenir de Nancy Ella Hall lRutgers démontre l'humour ou la modestie des auteurs dans leur réponse collective quand on leur demandait comment ils travaillaient ensemble," Eh bien, sur une double machine à écrire, bien sûr...";
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James et Charles au travail sur leur "double machine à écrire"C'était pendant la première guerre mondiale en France qu'un duo remarquable d'écrivains, James Norman Hall et Charles Nordhoff, se rencontra pour la première fois. Tous deux étaient américains, tous deux collaboraient avec l'Atlantic Monthly, tous deux avaient combattu avec d'autres sections de l'armée avant de se rencontrer après la guerre. Bien qu'ils soient différents par leurs tempéraments et par leurs parcours, ils devinrent vites des amis.
A la fin de la guerre, Dr. Gros, un Lieutenant Colonel dans l'U.S. Air Service, leur commanda de rassembler et d'éditer les histoires des pilotes de l'Escadrille Lafayette et du Lafayette Flying Corps. En février 1919, Hall et Nordhoff se rendirent aux Etats Unis pour terminer l'histoire du Lafayette Flying Corps.
Ce projet terminé, les deux hommes semblèrent partager un même désir de visiter les Mers du Sud. Avant de quitter Boston, ils rencontrèrent Mr. Thomas Wells, l'éditeur de Harper's Magazine, qui les engagea pour écrire une série d'articles sur le Pacifique Sud. Il leur fit don d'une avance généreuse pour leurs frais pendant qu'ils travaillaient sur ce projet. Vers la fin janvier 1920, Hall et Nordhoff partirent pour Tahiti.
Les deux écrivains collaborèrent sur "Faery Lands of the South Seas" qui fut publié en 1921. Juste avant la sortie du livre, Nordhoff épousa une Tahitienne de dix neuf ans. Il resta dans les Mers du Sud pour écrire une série de livres pour la jeunesse pendant que Hall partait pour l'Islande pour se consacrer à des essais littéraires. Il avait prévu de financer son voyage en écrivant un guide de voyage sur l'Islande et reçut une avance de 5.000 dollars de Harper's à cet effet. Vers la fin, Hall manqua d'inspiration pour terminer le projet et dut emprunter des fonds pour rembourser Harper's avec intérêts. Il repartit à Tahiti au début de 1924, découragé et couvert de dettes.
Nordhoff était plus qu'heureux de revoir son ami. Maintenant qu'il était marié et stabilisé, il avait réussi en tant qu'écrivain. Mais même à Tahiti, Hall ne retrouva pas l'inspiration pour écrire et il passa son temps à faire de la pirogue dans les lagons et à explorer les sentiers de montagne d'île.
Deux événements devaient ramener Hall à sa machine à écrire. Le premier fut son mariage en 1925 avec Sarah Teraireia Winchester, la fille d'un anglais, capitaine de navire, et d'une mère tahitienne. Le second événement qui mit fin à son ennui et réveilla son inspiration se produisit avec la générosité de son ami, Nordhoff. Alors que Hall avait vécu un calme mortel, Nordhoff avait continué à produire des éditions annuelles d'une série à succès centrée sur son jeune héro, Charles Selden. Sentant que son ami était en train de s'enliser, Nordhoff lui suggéra de travailler avec lui sur un autre "boys book" (livre pour jeunes) où l'on verrait Selden dans la première guerre mondiale et le U.S. Air Service. Hall était plus qu'heureux de collaborer une fois de plus avec Nordhoff, et ils commencèrent à travailler ensemble sur ce projet en 1927.
Ce livre intitulé "Falcons of France", était merveilleusement bien écrit et empruntait des éléments biographiques et de l'expérience des deux hommes dans le Lafayette Flying Corps. Il fut publié par Little, Brown & Company en 1929.
Quelques mois plus tard, lors de vacances en Amérique, Hall rendit visite à Ellery Sedgwick, l'éditeur de l'Atlantic Monthly, qui réussit à le convaincre d'écrire avec Nordhoff l'histoire des mutinés du Bounty. Hall la connaissait bien, car en 1916, alors qu'il était à l'école Blériot à Versailles, Il avait acheté à Paris, le récit de Sir John Barrow's intitulé "The Piratical Seizure of the HMS Bounty" (La prise du Bounty par acte de piraterie) qu'il avait gardé dans sa bibliothèque.
La première fois que Hall suggéra à Nordhoff d'écrire un livre de fiction historique basé sur l'incident du Bounty, Nordhoff n'était pas très enthousiaste. Pourtant, après avoir lu le récit de Barrow', son enthousiasme s'enflamma, surtout quand leurs recherches révélèrent que peu de choses avaient été écrites sur le sujet et surtout rien de substance sous forme de fiction historique.
Les deux écrivains décidèrent d'écrire le livre sous forme d'une trilogie, et à la suite du succès remporté auprès des critiques par "Mutiny on the Bounty" en 1932, Ils poursuivirent avec "Men Against the Sea" et "Pitcairn's Island" en 1934.
Ironiquement, après la trilogie du Bounty, qui avait pris cinq ans aux deux auteurs pour la terminer, ce fut soudainement Hall qui pris la tête du duo quand son écriture tomba sous un contrôle discipliné. Ce fut alors Nordhoff qui piétina en tant qu'artiste quand il se laissa glisser sur un sentier d'excès débridés, qui à la fin détruisirent sa carrière d'écrivain et qui contribuèrent à sa mort.
"The Hurricane" fut le roman suivant entrepris par l'équipe Hall/Nordhoff. Mails après sa publication, la collaboration n'opérait plus sur une base d'égalité et d'efforts mutuels. Restant l'ami fidèle de Nordhoff et se souvenant de sa générosité quand lui-même piétinait, Hall continua à assumer de plus en plus de responsabilités dans l'équipe.
Mais malgré le fait que leurs derniers travaux portaient leurs deux noms bien qu'étant le fruit d'un seul effort, Hall insista pour que Nordhoff partage de façon égale les revenus engendrés par les livres. Restant toujours respectueux de l'ancienne collaboration de son ami, Hall se rendait également compte que le nom de Nordhoff à côté du sien garantissait la vente de ses livres.
En 1940, Charles Nordhoff avait abandonné les Mers du Sud pour de bon. Le 11 avril 1947, il mourut d'une crise cardiaque dans sa maison de Montecito alors que Hall était son hôte. James Norman Hall continua à écrire et publia deux autres livres après la mort de Nordhoff. Il avait presque terminé son autobiographie quand il fut terrassé par une crise cardiaque le 6 juillet 1951 et mourut à l'âge de 64 ans sur l'île de Tahiti. Il fut enterré derrière sa maison sur le flanc d'une colline en face de la Baie de Matavai où le Bounty avait pour la première fois jeté l'ancre en 1788.
Ses mémoires, "My Island Home", publiées à titre posthume, sortirent en 1952.
Tiré de l'article "The Lafayette Flying Corps - The American Volunteers in the French Air Service in World War One" par Dennis Gordon
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